Qu’est-ce que l’encens ? Odeur, origine et chimie de l’oliban
En bref : l’encens, aussi appelé oliban, est la résine séchée d’arbres du genre Boswellia, qui poussent surtout dans le sud de la péninsule Arabique et dans la Corne de l’Afrique. Il sent frais, résineux, légèrement citronné et balsamique, et lorsqu’on le brûle, il libère l’odeur solennelle typique des églises. Son caractère ne vient pas de ses composants principaux, mais de traces de molécules particulières que les chimistes n’ont identifiées qu’en 2016. En parfumerie, l’encens est apprécié comme un fixateur élégant qui prolonge la tenue des parfums.
L’encens accompagne l’humanité depuis des millénaires : dans les temples, dans les églises, dans les maisons du monde arabe et aujourd’hui aussi dans de nombreux parfums modernes. Pourtant, rares sont ceux qui savent d’où vient cette résine, pourquoi son parfum est si reconnaissable et pourquoi les arbres sont aujourd’hui menacés. Dans cet article, vous découvrirez l’essentiel sur le parfum des dieux.
Qu’est-ce que l’encens ?
L’encens est une gomme résine, un mélange laiteux de résine, de gomme et d’huile essentielle. Il s’écoule lorsqu’on incise l’écorce de certains arbres de la famille des Burséracées, puis durcit à l’air en grains clairs couleur ambre. Le poète romain Ovide appelait ces gouttes des « larmes », une image qui perdure aujourd’hui.
Les espèces les plus importantes sont :
| Espèce | Origine | Connue comme |
|---|---|---|
| Boswellia sacra | Oman, Yémen | encens d’Arabie, l’encens classique de l’Antiquité |
| Boswellia carterii et Boswellia frereana | Somalie, péninsule Arabique | sources importantes d’huile essentielle et de résinoïde d’oliban |
| Boswellia papyrifera | Éthiopie, Érythrée, Soudan | aujourd’hui la principale source d’encens sur le marché mondial |
| Boswellia serrata | Inde | encens indien, utilisé aussi dans la tradition ayurvédique |
Le mot oliban est le terme technique désignant la même résine. En français, « encens » désigne aussi, de manière générale, toute matière que l’on brûle pour son parfum.
D’où vient l’encens ? Un voyage sur la route de l’encens
Le Wadi Hadramaout, dans le sud de l’actuel Yémen, est considéré comme la région d’origine de l’encens et de la myrrhe. Ces deux résines comptent parmi les plus anciennes matières odorantes connues de l’humanité. Des tablettes assyriennes mentionnent des offrandes d’encens au dieu du Soleil à Ninive. À l’époque d’Hammourabi, mille talents d’encens, soit environ 29 000 kilogrammes, auraient été brûlés chaque année dans le temple de Bel à Babylone.
Le commerce était strictement réglementé. Le savant romain Pline écrivait que l’encens ne poussait qu’à Saba, une région reculée de l’Arabie protégée par des montagnes. La récolte était un privilège héréditaire réservé à quelques familles, et avant que la résine puisse être vendue, les prêtres en prélevaient un dixième pour leur dieu.
L’importance de ce commerce se lit dans la « Terre de l’encens » à Oman, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2000. Elle comprend les arbres à encens du Wadi Dawkah, l’oasis caravanière de Shisr et les anciens ports de Khor Rori et d’Al Baleed. Dans le Wadi Dawkah, on récolte encore aujourd’hui l’encens de Boswellia sacra. L’UNESCO décrit l’encens comme l’un des produits de luxe les plus importants de l’Ancien Monde.
D’ailleurs, la fumée se cache même dans le mot « parfum » : il vient du latin « per fumum », « par la fumée ». Les premiers parfums de l’humanité étaient des résines, des bois et des écorces que l’on brûlait.
Quelle est l’odeur de l’encens ?
La résine elle-même sent frais, résineux et balsamique, avec une délicate note citronnée et une touche de pin. L’huile essentielle que l’on en distille est jaune pâle et offre une odeur semblable, claire et légère. Lorsque la résine brûle, un parfum tout autre apparaît : chaud, fumé et solennel. C’est l’odeur que la plupart des gens connaissent des églises.
Le parfum varie nettement selon l’espèce et l’origine. L’huile d’oliban d’Aden, par exemple, se compose presque pour moitié de pinène, une substance également très présente dans la résine de pin. L’huile d’Érythrée, en revanche, contient plus de la moitié d’acétate d’octyle. En comparant différentes sortes d’encens, on découvre toute une palette, du frais et hespéridé au chaud et balsamique.
La chimie de l’encens : le mystère des acides olibaniques
Pendant longtemps, l’encens est resté une énigme pour les chimistes. Environ 250 composants ont été identifiés dans l’huile d’oliban et dans la fumée de la résine. Pourtant, les substances principales comme le pinène n’expliquent pas pourquoi l’encens sent si indéniablement l’encens.
La réponse n’est arrivée qu’en 2016. Une équipe de recherche de Nice et de Turin a isolé deux molécules à partir de trois kilogrammes d’huile d’oliban de Somalie. Elles n’y sont présentes qu’à raison de quelques centaines de parties par million, et portent pourtant l’odeur typique de l’encens. Aucune des deux n’avait jamais été observée dans la nature auparavant. Les chercheurs les ont baptisées acides olibaniques. L’une des formes est considérée comme particulièrement puissante, avec une odeur d’encens très « église », tandis que l’autre est plus abondante et sent de façon très proche. Un bel exemple montrant que, dans le monde des odeurs, ce n’est souvent pas la quantité qui compte, mais l’effet de molécules isolées extrêmement puissantes.
Une autre substance intéressante est l’incensole. On ne la trouve que dans l’encens, et elle est elle-même inodore. Avec des composés résineux apparentés, elle serait à l’origine des produits de dégradation qui forment l’odeur typique de la fumée d’encens lors de la combustion. Les molécules exactes ne sont toujours pas entièrement élucidées.
Les notes d’encens synthétiques sont rares. La seule matière odorante qui restitue vraiment l’odeur typique de l’huile d’oliban s’appelle Mystikal et a été lancée en 2009. Son odeur d’encens résineuse et humide a d’abord surpris. Seule la découverte des acides olibaniques a permis de comprendre pourquoi : les deux appartiennent à la même famille de substances.
Encens et myrrhe : quelle différence ?
L’encens et la myrrhe sont souvent cités ensemble, notamment en raison du récit de Noël. Tous deux proviennent de la famille des Burséracées et sont obtenus en incisant l’écorce. Leur parfum est pourtant différent :
| Encens (oliban) | Myrrhe | |
|---|---|---|
| Arbre | genre Boswellia | genre Commiphora |
| Couleur | couleur ambre, un peu plus claire | couleur ambre, un peu plus foncée |
| Odeur | fraîche, résineuse, citronnée, fumée et solennelle une fois brûlée | chaude, douce, cuirée et balsamique |
| Molécules clés | traces d’acides olibaniques | composés particuliers à cycle furane |
En parfumerie, les deux se complètent à merveille. L’accord encens et myrrhe forme depuis des décennies la base de nombreuses compositions chaudes et profondes.
L’encens en parfumerie : pourquoi les parfumeurs l’aiment
On tire deux matières premières de la résine : la distillation à la vapeur d’eau donne l’huile essentielle, l’extraction par solvant donne le résinoïde. Tous deux sont appréciés pour leur odeur balsamique intense et leur fort pouvoir fixateur. Le résinoïde est surtout utilisé dans les parfums orientaux, car il retient les notes plus volatiles.
L’encens sert le plus souvent de nuance discrète en arrière-plan. On le trouve par exemple dans des classiques comme « Shalimar » (Guerlain, 1925) et « Opium » (Yves Saint Laurent, 1977). Mais certains parfums le placent au centre : dans « Encens et Lavande » (Serge Lutens, 1995), l’huile et la résine d’encens représentent ensemble plus de 16 % de la formule. À partir de 2002, Comme des Garçons a même consacré toute une série à l’encens.
L’encens est étonnamment polyvalent. Comme le santal, c’est une note de fond légère et rayonnante, qui porte les notes plus douces sans les écraser. Il s’accorde aussi bien avec les agrumes qu’avec les épices et les fleurs. Ses partenaires éprouvés sont :
- Épices : cardamome, muscade, poivre noir et cannelle
- Bois : santal, cèdre, vétiver et oud
- Résines : myrrhe, labdanum et benjoin, les éléments de l’accord ambré
- Fraîcheur : bergamote et autres notes hespéridées, qui soulignent le caractère lumineux de l’encens
L’encens figure-t-il sur l’étiquette ?
L’encens lui-même ne fait pas partie des substances parfumantes qui doivent être mentionnées individuellement sur les parfums comme allergènes potentiels. Depuis le règlement (UE) 2023/1545, le pinène fait toutefois partie de ces substances, et il est le composant principal de certaines huiles d’oliban. Si un parfum en contient suffisamment, « Pinene » apparaît donc dans la liste des ingrédients. Cette règle s’applique depuis le 31 juillet 2026 aux produits nouvellement mis sur le marché, en Suisse également (état : octobre 2026).
Brûler de l’encens : comment en profiter chez vous
Dans le monde arabe, parfumer la maison avec des résines et des bois fait partie du quotidien depuis des siècles, tout comme le bakhoor. Quelques règles simples rendent l’expérience belle et sûre :
- Moins, c’est mieux. Quelques petits grains suffisent pour une pièce. L’encens est intense.
- Une chaleur douce. Sur un réchaud avec tamis ou plaque de mica, le parfum se déploie plus doucement et avec moins de fumée. Sur un charbon ardent, la fumée est plus abondante et l’odeur d’église typique apparaît.
- Bien aérer. La combustion de l’encens libère des particules fines et des gaz comme le monoxyde de carbone. Les spécialistes recommandent donc d’aérer régulièrement lorsque vous brûlez de l’encens chez vous.
- Installer en sécurité. Utilisez un brûleur à bakhoor résistant à la chaleur sur une surface stable et ininflammable, ne laissez jamais un charbon ardent sans surveillance et tenez à l’écart enfants, animaux, rideaux et papier.
- Bien conserver. Gardez la résine dans un récipient hermétique, au frais et à l’abri de la lumière, afin que les substances odorantes volatiles ne s’échappent pas.
L’encens est-il menacé ?
Malheureusement, oui. Une vaste étude publiée en 2019 dans la revue Nature Sustainability a examiné 23 peuplements de Boswellia papyrifera en Éthiopie, en Érythrée et au Soudan, soit plus de 21 000 arbres. Plus des trois quarts des peuplements manquaient de jeunes arbres, parfois depuis des décennies. Les chercheurs prévoient que la production d’encens de cette espèce sera divisée par deux en 20 ans. Ils citent comme causes le pâturage du bétail, les incendies fréquents et une saignée trop intensive des arbres. D’autres espèces de Boswellia font face à des menaces similaires. Des enclos contre le bétail, des coupe-feu, de nouvelles plantations et une récolte plus douce peuvent aider les peuplements à se rétablir.
Pour vous, amateur de parfums, cela signifie que l’encens est un produit naturel précieux. Il mérite d’être apprécié avec conscience et modération.
Questions fréquentes (FAQ)
Quelle est la différence entre l’encens et l’oliban ?
Il n’y en a aucune. Oliban est le terme technique pour la résine des arbres Boswellia, encens son nom courant. Vous trouverez les deux termes dans les descriptions de parfums.
Quelle est l’odeur de l’encens ?
La résine sent frais, résineux et légèrement citronné. Une fois brûlée, elle sent chaud, fumé et solennel, comme dans les églises.
Pourquoi l’encens sent-il l’église ?
Parce que l’encens est brûlé depuis des siècles lors des offices chrétiens, en particulier dans les Églises catholique et orthodoxe. L’odeur typique provient des acides olibaniques et de substances qui ne se forment qu’à la combustion de la résine.
D’où vient le meilleur encens ?
Boswellia sacra, d’Oman et du Yémen, est considéré comme l’encens classique de l’Antiquité. La sorte que vous préférerez est une affaire de goût : les espèces diffèrent nettement, du frais et hespéridé au chaud et balsamique.
L’encens s’accorde-t-il avec le oud ?
Très bien. La fraîcheur claire et résineuse de l’encens forme un beau contraste avec la profondeur sombre et boisée du oud. Tous deux font partie des parfums traditionnels du monde arabe.
Brûler de l’encens est-il sans risque ?
Comme toute fumée, elle libère des particules fines et des gaz de combustion. Brûlez donc l’encens avec modération, aérez bien et utilisez de préférence un brûleur à chaleur douce.
Conclusion
L’encens est bien plus qu’une odeur d’église. C’est l’un des plus anciens parfums de l’humanité, un trésor de la route de l’encens et une petite merveille chimique dont le secret n’a été percé qu’il y a quelques années. Note subtile dans un parfum ou fumée odorante dans votre intérieur : lorsque l’on connaît son histoire, on l’apprécie avec d’autres sens.
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Sources
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